Fondement 4 / Instant présent et processus créatif

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En psychothérapie, la « gestalt » (« forme organisée », ou encore « configuration », « structure ») désigne la relation dynamique qu’une personne entretient avec son environnement dans le but de satisfaire ses besoins et assurer sa survie. Lorsqu’un besoin est satisfait, on dit que la « gestalt » est achevée. A l’opposé, un besoin non satisfait, une émotion non exprimée, une énergie bloquée représentent des situations inachevées.

Nous portons tous en nous, consciemment ou non, des « gestalt » non complétées qui freinent la libre circulation de notre énergie vitale. Elles s’expriment tant bien que mal à travers des canaux inconscients et sans qu’on s’en rende forcément compte, elles gèrent nos vies de manière souterraine (frustrations diverses, colères refoulées, cri demeuré silencieux, sensation d’abandon…). En d’autres termes, tous nos besoins qui n’ont pas été satisfaits monopolisent une partie de notre énergie vitale. Dans l’espoir de satisfaire des besoins inassouvis, nous reproduisons les mêmes stratégies au risque de développer un ensemble de symptômes psychologiques ou physiques.

Ramené à la création picturale, les formes qui apparaissent sur une toile sont le reflet de besoins qui cherchent à être satisfait. En observant les lignes, les formes, les couleurs, la texture, indépendamment du contenu symbolique représenté, on peut mieux prendre conscience de ce qui se passe intérieurement (retour vers la vie intérieure).

Le postulat de base est de reconnaître que le vrai pouvoir de transformation réside dans le présent et que le pouvoir de libération réside toujours dans le « ici et maintenant » (même si ce que nous sommes devenus est déterminé par ce que nous avons vécu et la façon dont nous l’avons interprété). Ou comment reprendre contact avec ce qui se vit d’unique dans l’instant présent. Quel est le besoin qui se manifeste à l’instant, qu’est-ce qui doit être exprimé, libéré, réalisé immédiatement ? La manière dont l’image prend place sur un tableau, la quantité d’espace utilisée, la qualité des traits, l’intensité de la pression exercée sur le pinceau… révèlent ce qui se passe dans notre psyché, dans le « ici et maintenant ».

L’analyse, l’observation du processus de création, des lignes, des formes permettent donc de prendre conscience du ressenti. Les réactions devant ce qui se déroule dans le processus de création, les émotions que cela suscite, les stratégies pour résoudre un problème technique, les perspectives ou les couleurs, permettent de mieux comprendre le rapport à la vie.

Dans ce sens, le processus de création par lequel l’image est menée à terme est souvent aussi significatif que son contenu. En fin de compte, seule compte la mise en scène de la représentation symbolique.