Manuel pour guérir son enfant intérieur avec l’art-thérapie

Manuel pour guérir son enfant intérieur avec l’art-thérapie, Éditions Eyrolles, Paris, 13 octobre 2022

Introduction

Nous avons tous été des enfants. Et pour beaucoup d’entre nous, lorsque nous étions encore des enfants, nous rêvions d’être « grands ». Tout simplement parce que tout enfant a le désir de devenir autonome, de ne plus avoir à subir la « loi », les règles parentales, les interdits, les limites… Paradoxalement, une fois devenus adultes, il n’est pas rare de regretter ce temps de l’enfance. Et lorsque nous y pensons, la nostalgie n’est jamais bien loin. Pourquoi ? Eh bien, précisément parce que l’enfance renvoie à un état d’innocence où l’on peut se laisser porter, où l’on n’est pas obligé de faire des choix, de décider… Le temps de l’enfance est le plus souvent le temps de l’insouciance, de la spontanéité, du plaisir, du jeu, des découvertes, et de la liberté. C’est aussi le temps de tous les possibles. C’est, en dernière instance, le temps pendant lequel notre expression peut s’exercer en dehors des codes et des normes de la vie sociale.
En grandissant, selon son environnement familial et social, chaque enfant va apprendre à des degrés divers les règles du vivre-ensemble, développer des liens avec lui-même et les autres et tendre progressivement vers son autonomie. Il va aussi apprendre à tester ses propres limites et celles fixées par son environnement immédiat. Selon son histoire de vie, au cours de son développement, chaque enfant va être confronté à des incompréhensions, des interdits, des expériences plus ou moins traumatiques, des peurs, des manques, des peines, mais aussi des joies, des moments d’amour, de tendresse, de partage… Selon son éducation, chaque enfant va également développer des croyances et des valeurs, ainsi qu’un rapport avec lui-même et au monde qui sera en lien direct avec son vécu. C’est ainsi qu’en grandissant, certains enfants seront joyeux et optimistes, d’autres repliés sur eux-mêmes et introvertis, d’autres encore confiants ou bien méfiants…

Adultes, nous abritons tous un enfant intérieur, et jusqu’à notre dernier souffle, nous vivons avec l’enfant que nous avons été. Mais cet enfant peut prendre différentes formes, selon notre développement et notre expérience de vie. Notre enfant intérieur peut être un enfant blessé, un enfant triste, un enfant joueur, un enfant joyeux, voire tout cela à la fois. En revanche, ce qui est certain, c’est que lorsque nous réagissons de manière excessive ou de façon démesurée face à certaines situations, c’est le plus souvent notre enfant intérieur ou plus exactement une facette de notre enfant intérieur qui se manifeste. De même, lorsque nos besoins ne sont pas satisfaits et que nous éprouvons des émotions désagréables, là encore, c’est notre enfant intérieur qui s’exprime. Cela s’explique par le fait qu’en grandissant, l’enfant que nous étions subsiste en nous. Et que selon les situations auxquelles nous sommes confrontés, une part de lui continue de s’exprimer car nous conservons, à des degrés divers, les stigmates et les souvenirs de notre enfance – par exemple l’injustice, l’impuissance, la tristesse… En d’autres termes, l’enfant intérieur, qui siège en nous, continue d’exprimer ses blessures émotionnelles tant qu’il n’a pas été soigné.

Le concept d’enfant intérieur n’est ni nouveau, ni récent. Il existe en fait depuis fort longtemps, mais pas sous la forme dans laquelle nous l’entendons actuellement. Ainsi, dans l’Antiquité grecque, la figure de l’enfant – et donc de l’enfant intérieur – est déjà très présente. Elle renvoie à la faiblesse, à la dépendance, à l’ignorance, à l’exubérance, à l’indiscipline, mais aussi à l’infériorité et parfois même à la sauvagerie. De là vont naître les notions de comportements infantiles ou infantilisants à l’égard de certains adultes. Dans le même ordre d’idées, certains groupes humains dits « primitifs » et considérés comme moins développés, vont être étiquetés « peuples enfants ». Dans le monde gréco-romain, l’enfant, par définition, n’est pas sérieux. Dans d’autres civilisations ancestrales, l’enfant est un esprit vierge qu’il convient de former pour qu’il puisse rejoindre la société des hommes. D’une manière générale et quelle que soit la culture, l’enfant est un individu en devenir qui n’est pas en capacité de participer à la vie sociale et politique. Le passage à l’âge adulte marque ainsi la capacité de l’individu à être un citoyen et à pouvoir contribuer à la communauté des hommes. L’enfant est un « petit homme » et tandis que l’enfant joue, l’adulte travaille… Pour autant, l’enfant est le socle de notre personnalité et de notre Moi. Et bien avant le développement du concept de l’enfant intérieur en psychanalyse et en psychologie, des artistes et des philosophes tels que Baudelaire et Nietzsche, pour ne citer qu’eux, vont s’élever pour rappeler que l’enfant qui est en nous – l’enfant intérieur – est à la source de l’élan vital et de notre vrai Moi. Nietzsche plus particulièrement, postule que le véritable Sage doit s’inspirer de l’enfant, car seul ce dernier aime la vie pour elle-même. On retrouve dans cette affirmation le point central du concept de l’enfant intérieur, puisque l’enfant, à la base, est l’expression de la vie dans toutes ses composantes, et qu’il manifeste spontanément le désir de vivre et de s’exprimer librement.

Dans le champ de la psychanalyse, la notion d’enfant intérieur va apparaître avec Sigmund Freud, mais toujours avec cette idée que l’enfant est avant tout un être instinctif animé par le principe de plaisir. Ainsi, selon Freud, la période de l’enfance se caractérise par la prédominance du Ça, le pôle pulsionnel qui ne connaît ni les règles de temps et d’espace, ni les interdits. À l’opposé, l’âge adulte se caractérise par la prédominance du Surmoi – l’autorité, la « Loi » – cette instance morale héritée de l’autorité parentale, qui va discriminer ce qui peut se faire et se dire… À partir de cette analyse, les comportements tels que le jeu à l’âge adulte sont alors perçus par Freud comme des régressions et renvoient à des attitudes infantiles. En fait, c’est véritablement Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique, qui va remettre le concept d’enfant intérieur en lumière. À travers la notion de puer aeternus, le nom latin donné à l’archétype de l’enfant intérieur, Jung va d’abord montrer l’importance de la place de l’enfant dans tous les grands mythes de l’humanité et dans les textes sacrés. Puis il va analyser en quoi cette figure de l’enfant est archétypale, que ce soit à travers les traits de l’enfant divin, de l’enfant joueur ou encore de l’enfant fripon ou malicieux. Plus encore, Jung va postuler que l’enfant intérieur est porteur d’une énergie archétypale présente chez tous les individus. Cette énergie, qui unifie les éléments conscients et inconscients de chacun de nous, permet de tendre vers notre véritable soi (Selbst). Dans la psychologie analytique de Jung, l’enfant intérieur renvoie ainsi avant tout à la part enfantine que nous portons tous en nous et que nous avons étouffée en grande partie en devenant adultes. Mais selon Jung, même si cette partie de nous ne s’exprime plus vraiment, elle joue cependant un rôle déterminant dans notre vie d’adulte et dans la formation de notre Soi.
Dans la foulée de Jung, d’autres psychanalystes tels que Donald Woods Winnicott, « père » de la psychanalyse anglaise ou Alice Miller, philosophe et psychanalyste d’origine polonaise qui va se consacrer à des recherches sur l’enfance, vont aussi s’intéresser à cette question essentielle de l’enfant intérieur. Plus récemment encore, des psychologues et des thérapeutes vont reprendre ce concept dans le champ des thérapies humanistes. C’est notamment le cas d’Éric Berne, psychiatre américain inventeur de l’analyse transactionnelle, une théorie de la personnalité, des rapports sociaux et de la communication, qui va largement s’appuyer sur la notion d’enfant intérieur pour développer son concept en considérant que notre monde intérieur se compose de trois états du Moi que nous utilisons selon les situations et qui interagissent : le Parent qui fixe les règles, l’Adulte qui pense, décide et résout les problèmes et l’Enfant qui ressent et réagit. Parallèlement, la notion d’enfant intérieur va se populariser avec Hal et Sidra Stone, un couple de psychothérapeutes américains qui va développer le concept de « dialogue intérieur » avec les subpersonnalités qui nous composent, dont l’enfant intérieur qui reste le plus souvent dans l’ombre  ou que nous abandonnons  lors du passage à l’âge adulte. Un thérapeute et théologien américain très populaire, John Bradshaw, va également proposer une méthode pour retrouver l’enfant présent en nous. Selon lui, notre enfant intérieur traverse plusieurs étapes lors de son évolution et c’est au cours de l’une d’entre elles que l’on se coupe de lui. Si l’on découvre à quel stade du développement nous l’avons abandonné, alors il est possible de se reconnecter à lui, de le soigner et de retrouver ainsi l’énergie créatrice présente chez tout enfant « naturel ».

Plus largement, au cours des années 1980 et 1990, le concept d’enfant intérieur va se développer fortement avec l’idée majeure que notre Moi est composé de multiples personnalités issues de notre enfant intérieur et que ce dernier est la résultante de notre propre enfance. Conséquemment, les thérapies d’inspiration humaniste vont prendre en compte la question de l’enfant intérieur avec l’objectif majeur de libérer ce dernier. Aujourd’hui, le concept d’enfant intérieur, devenu un outil majeur dans le champ du développement personnel, s’appuie sur plusieurs idées-forces essentielles :
- Notre enfance nous marque et nous structure dans notre vie d’adulte.
- Les conflits, traumas et autres blocages non résolus de notre enfance se répercutent ensuite tout au long de notre existence si nous ne les soignons pas.
- Nous portons tous notre part d’enfant en nous, mais le plus souvent, nous l’avons étouffé. En définitive, l’enfant intérieur représente la mémoire de l’enfant que nous avons été. Mais cette enfant peut prendre différentes facettes, selon notre personnalité et selon l’environnement dans lequel nous avons grandi. Aller à la rencontre de notre enfant intérieur et se reconnecter avec, c’est alors reconnaître ses différentes facettes ou sous-personnalités, les comprendre, les analyser et en prendre soin maintenant que nous sommes adultes. C’est aussi réveiller l’enfant spontané et créatif qui a été étouffé, et développer cette partie de nous-même qui est pleinement vivante et énergique.

Dans le champ artistique, de très nombreux artistes ont, d’une manière ou d’une autre, exprimé leur enfant intérieur. Nous pouvons citer entre autres William Blake, Arthur Rimbaud, Frantz Kafka, Marcel Proust ou Ernest Hemingway dans la littérature et la poésie, Edward Munch, Pablo Picasso ou Francis Bacon dans la peinture, Ludwig van Beethoven ou Wolfgang Amadeus Mozart dans la musique… Leur expression artistique est l’expression manifeste d’une connexion et d’un dialogue avec leur enfant intérieur : un enfant blessé, parfois abandonné, un enfant rejeté, un enfant humilié, un enfant traumatisé, mais aussi un enfant créatif, espiègle, exubérant, fantaisiste… Dans tous les cas de figure, l’expression artistique est très souvent sous-tendue par une exploration et une mise à jour des blessures, des souffrances et des traumatismes de l’enfance. Plus encore, l’expression des vécus traumatiques de l’enfance par la création artistique peut être à la source de stratégies résilientes. En d’autres termes, c’est en se reconnectant à l’enfant intérieur traumatisé que de nombreux artistes ont pu – et peuvent – transcender leurs traumatismes, retrouver l’élan vital et ainsi se transformer.

En définitive, il apparaît clairement que l’expression de la créativité, notamment à travers une médiation artistique – dessin, peinture, musique, écriture, danse, théâtre, land art… – est la manière la plus opérante et la plus efficace pour à la fois se reconnecter à son enfant intérieur et pour communiquer avec lui. Ce constat s’explique pour plusieurs raisons, dont deux essentielles et intrinsèquement consubstantielles au processus de création.
La première réside dans le fait que l’expression créatrice et l’acte de créer nous ramènent consciemment et inconsciemment au temps de l’enfance. Ainsi, en favorisant le plaisir, le jeu, la spontanéité, le lâcher-prise et l’apaisement, le processus de création artistique permet de se redécouvrir enfant et de se reconnecter de facto avec l’enfant en soi. En outre, exprimer sa créativité artistique facilite un relâchement des fonctions de contrôle et de censure de la conscience et donne ainsi la possibilité au matériel inconscient d’émerger. C’est ce que l’on dénomme la « régression au service du Moi ». En effet, en permettant au Moi de régresser, le processus de création donne la possibilité au Moi de se déséquilibrer, ce qui favorise une expression plus crue et inconsciente. Plus précisément encore, et toujours grâce à l’acte de créer, il est possible d’entrer dans différents types de régression et de revenir ainsi à différents stades de notre enfance, y compris de notre petite enfance. Cette régression au service du Moi par l’expression de la créativité peut alors prendre différentes formes, parmi lesquelles une régression de la pensée en images, une régression des processus secondaires vers les processus primaires, une régression dans la forme avec un retour aux modes de représentations dits primitifs, et une régression temporelle, à savoir une régression dans ce qui est exprimé symboliquement. Et quel que soit le type de régression qui s’opère, la régression par l’expression créative est une régression thérapeutique qui permet à la fois de renouer avec l’enfant qu’on a été et de revisiter, abandonner ou transformer des structures psychiques précédentes inadaptées, handicapantes, voire toxiques. En d’autres termes, la régression thérapeutique au service du Moi engendrée par le processus de création et l’expression créatrice, nous donne l’opportunité de revenir à des stades du développement antérieurs, et de reprendre ainsi le contrôle de ces derniers pour les transformer. C’est précisément l’un des objectifs majeurs que l’on cherche à atteindre lorsqu’on essaie de se reconnecter à son enfant intérieur.
La seconde raison repose sur le fait que l’expression créatrice et l’acte de créer stimulent à nul autre pareil l’hémisphère droit du cerveau, considéré comme le siège des émotions, de l’intuition, du sens artistique, du spirituel et du symbolique. Or, jusqu’à l’âge de 7-8 ans, un enfant va majoritairement utiliser son hémisphère droit. De surcroît, si l’on s’appuie sur certaines études effectuées dans le champ des neurosciences et de la neuropsychologie, il apparaît que le manque de soins, les carences affectives et les traumatismes subis pendant l’enfance peuvent endommager certaines connexions neuronales de l’hémisphère droit du cerveau. Conséquemment, afin de se reconnecter à notre enfant intérieur, il est absolument nécessaire de stimuler le plus possible l’hémisphère droit. Plus encore, pour retrouver la spontanéité, le lâcher-prise, le jeu et la créativité qui caractérisent l’enfant intérieur, il est fondamental de redynamiser l’hémisphère droit. Or, là encore, c’est précisément ce que permettent l’expression créatrice, le processus de création et l’acte de créer. En dernière analyse, lorsqu’on s’immerge dans un processus de création, nous sommes dans le « faire » et dans l’éprouvé. Si en plus, nous parvenons à lâcher prise et à régresser, cela signifie que l’on va pouvoir se confronter aux différentes émotions de notre enfant intérieur. Nous allons ainsi pouvoir identifier ces émotions, les comprendre, les analyser et les réguler pour éviter qu’elles nous envahissent ou nous débordent dans notre vie d’adulte.

Aller à la rencontre de son enfant intérieur est une expérience extraordinaire et essentielle pour aller vers soi. Cependant, lorsque l’enfance a été marquée par de multiples traumas, reprendre contact avec son enfant intérieur peut entraîner le réveil de souvenirs très douloureux, jusque-là refoulés. Il est alors nécessaire d’être accompagné par un professionnel dans ce processus. Mais que ce soit par soi-même sous forme d’une autothérapie, dans le cadre d’une psychothérapie par l’art ou lors de séances d’art-thérapie, aller à la rencontre de son enfant intérieur par le processus de création et l’acte de créer nécessite une méthodologie et des dispositifs créatifs adaptés selon plusieurs étapes :
• rétablir le contact avec notre enfant intérieur et découvrir ses différentes personnalités ;
• identifier, comprendre et apprivoiser les émotions associées, plus particulièrement les émotions désagréables ou négatives ;
• identifier et soigner les parties vulnérables de notre enfant intérieur, plus particulièrement ses blessures émotionnelles ;
• développer notre enfant intérieur authentique, spontané et créatif par l’expression de sa créativité ;
• libérer l’enfant intérieur divin et développer notre spiritualité.
Ces étapes, ainsi que nous allons le voir en détail dans les pages qui suivent, doivent se faire graduellement, avec l’idée majeure que se reconnecter avec son enfant intérieur par l’expression de la créativité et l’acte de créer est la meilleure façon de découvrir toutes les parties de soi, de les réunifier et de devenir qui l’on est vraiment.

Présentation de l’éditeur

Nous abritons tous un enfant intérieur et, jusqu’à notre dernier souffle, nous vivons avec l’enfant que nous avons été. Mais, selon notre expérience de vie, cet enfant sera en colère, triste, joueur, voire tout cela à la fois. C’est notre enfant intérieur – ou plus exactement une facette de lui – qui se manifeste lorsque nous réagissons de manière excessive dans certaines situations, en écho à nos conflits et souffrances actuels. Cet ouvrage nous explique en quoi se reconnecter à son enfant intérieur, partie la plus précieuse de notre personnalité adulte, est un moyen unique pour mieux se connaître et aller vers Soi. À travers ce manuel, l’art-thérapeute Alain Dikann propose un accompagnement concret à la découverte de son enfant intérieur, grâce à des séances d’art-thérapie en plusieurs étapes. Par l’acte de créer à travers de nombreux dispositifs, de jeux et exercices créatifs — de la glaise ou la pâte à modeler à l’écriture en passant par le dessin ou le collage —, il est possible de se reconnecter à lui, de découvrir ses différentes facettes, de soigner ses blessures et de faire émerger sa part spontanée, authentique, créative et pleinement vivante. Découvrez toutes les parties de vous, réunifiez-les et devenez qui vous êtes vraiment

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