Fondement 6 / La symbolisation

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Si le processus créatif est fondamental en art-thérapie, son analyse l’est tout autant.

La créativité passe par la symbolisation qui amène la métaphore. Lorsqu’il y a jeu, il y a nécessairement symbolisation. Et qui dit symbolisation, dit volonté de communiquer avec les autres.

Nous rappellerons que l’origine éthymologique du mot « symbole » nous dit que symboliser, c’est « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer ».

Nous rappellerons également que les symboles ont plusieurs fonctions :

-  Fonction sémiotique : le symbole signifie quelque chose, il désigne, comme tout signe. Le symbole est une représentation porteuse de sens. C’est un système signifiant relevant de la connotation. Par exemple, le carré peut désigner le nombre quatre.

-  Fonction révélatrice : le symbole apparaît ainsi comme la réalité visible (accessible aux cinq sens) qui invite à découvrir des réalités invisibles. Ce qu’un signe ordinaire ne permet pas de dire, le symbole le permet. Le symbole traduit l’intraduisible, éclaire l’obscur. Par exemple : le Soleil, qui éblouit, permet de présenter l’inaccessibilité de Dieu ; l’océan figure l’infini.

-  Fonction universalisante : les symboles fondés sur une corrélation naturelle entre symbolisant et symbolisé sont de partout et de toujours. Par exemple, au-delà des différences culturelles, tous les hommes symbolisent l’inaltérabilité par l’or.

-  Fonction transformatrice pour le psychisme : un symbole contient une grande énergie que l’homme peut transformer, en l’amplifiant, en la sublimant, en la réorientant... Par exemple, certains malades se guérissent en travaillant sur des couleurs, des sons, leurs rêves, leurs fantasmes conscients ou leurs phantasmes inconscients.

L’espace symbolique est par ailleurs inépuisable, infini, sans cesse renouvelé et son champ d’application est immense à commencer tout simplement par notre quotidien. Le symbole est à la frontière de ce qui est connu et inconnu, de ce qui est exprimable dans la vie et de ce qui est encore inexprimable.

Nous avons besoin de symboles qui sont les structures d’interprétation de notre existence et de l’univers. Sans les symboles, l’homme se retrouve vite au cœur d’un univers sans signification, où il n’y a que des faits juxtaposés et où il est lui-même simplement l’un de ces faits. Toutes les grandes religions du passé, reconnaissant l’aliénation foncière de l’homme d’avec lui-même et d’avec la réalité, ont élaboré un univers de symboles et de mythes, une manière pour l’homme d’entrer en contact avec les forces vives du cosmos et avec Dieu, et transformer en forces libératrices et en expériences salvatrices sa situation d’aliénation. A titre d’exemple, la tradition judéo-chrétienne a assumé plusieurs de ces grands symboles collectifs fondamentaux tels que ceux de la mort et de la résurrection ou encore de la marche et de la voie.

Sans l’art, l’univers serait indéchiffrable. À la recherche de l’essence des choses, l’artiste cherche à nous faire partager son émotion devant sa Vérité. D’où les dessins, les gravures, les peintures que l’on trouve sur d’aussi improbables surfaces que la roche des cavernes ou les os des animaux. L’art nous permet de mesurer à quel point les messages des sens qui nous relient au monde extérieur, contiennent des informations limitées. Pour tenter d’effleurer la transcendance, l’homme a forgé des symboles qui sont destinés à exprimer la signification des choses et des faits cachés. L’un des exemples le plus frappant de l’imaginaire transcendant est la conception nippone du temple où une simple porte ouverte (torii) marque la limite du sacré. En la franchissant vers l’intérieur, le participant abandonne symboliquement le monde ordinaire pour entrer dans le saint espace ; une fois régénéré par la méditation, il la franchit dans l’autre sens pour retourner dans le royaume de l’ordinaire.
Les symboles sont donc des clefs favorisant la compréhension entre le monde extérieur et intérieur, entre ce qui se manifeste et ce qui ne se manifeste pas à notre perception. Mais si la symbolisation est nécessaire pour la subjectivation, elle n’est pas suffisante. Encore faut-il que le travail de symbolisation débouche sur une ouverture métaphorique. Or, bien souvent, peut-être trop souvent même, le processus créatif à base de symbolisation débouche sur un mouvement créatif métonymique plutôt que métaphorique.