Fondement 3 / Jouer, c’est créer

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Pour qu’il y ait création, il faut qu’il y ait du jeu/je.

Si l’on considère que l’art thérapie est une méthode qui consiste à créer les conditions favorables à l’expression et au dépassement des difficultés personnelles par le biais d’une stimulation des capacités créatrices, alors la notion de créativité y tient de facto une place essentielle. La créativité étant entendue, selon Winnicott, comme la capacité à créer des liens avec le monde extérieur et avec sa vie intérieure. Mais toujours selon Winnicott, le sentiment de créativité ne peut apparaître que dans l’introduction du principe de plaisir. En bref, la créativité est inséparable de la notion de jeu : « C’est en jouant, et seulement en jouant, que l’individu, enfant ou adulte, est capable d’être créatif et d’utiliser sa personnalité tout entière. C’est seulement en étant créatif que l’individu découvre le soi ». Mais il est nécessaire que s’instaure un état de détente et de confiance qui permettent à la personne de se rassembler et d’exister comme unité, qu’elle ne soit plus en situation de défense contre l’angoisse mais qu’elle puisse se retrouver dans l’expression du JE SUIS ; je suis en vie ; je suis moi-même. A partir d’une telle position, tout devient créatif.

Jouer permettrait donc au sujet d’échapper à la soumission qu’imposent la réalité et ses exigences parfois mal supportées. La quête de soi, autrement dit la construction de la personnalité, passerait donc par la possibilité pour l’individu de créer. Par extension, et si nous admettons que jouer est avant tout un acte créatif, l’action de jouer est un acte constitutif de la personnalité car elle fait entrer le sujet dans la création.

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Si Winnicott ne rend pas compte d’une analyse de la pulsion créative dans son œuvre, il nous délivre cependant une analyse essentielle : c’est le jeu qui constitue chez l’enfant l’expérience même de la création et ce qui est visé dans le jeu, ce n’est pas ce à quoi on joue mais comment on joue. Chez l’enfant, jouer c’est déjà créer des symboles et ainsi se placer dans un espace d’illusion entre le dedans et le dehors. C’est cet espace et ces caractéristiques qui nous intéressent au plus haut point dans notre pratique de l’art-thérapie et plus spécialement en groupe car il est plus facile de jouer à plusieurs que de jouer tout seul. Et jouer à plusieurs amène à se situer, à gagner sa place, à trouver sa place, à établir des relations et donc à créer des liens. Il suffit d’assister à une séance d’art-thérapie à médiation plastique en groupe pour se rendre compte de la complexité des identifications et des liens qui s’y jouent. Sans parler des zones invisibles qui se font et qui se défont lors de chaque séance et qui jouent un rôle essentiel.